Écoutez le silence. Chronique de « TysT » de luvan

« TysT », de luvan, chez Scylla.

Quand j’ai commencé à lire TysT, je pensais déjà à cette chronique. Je recevais le texte tel qu’il était avant son ultime correction, comme cadeau de l’autrice au lecteur, et je ne pouvais prendre ce devoir à la légère. J’ai même pris des notes.

Quand le récit s’est révélé, très rapidement, allant au-delà des règles tacites de la narration, j’ai multiplié ces notes. Car je suis un lecteur de romans très classiques, bien qu’il m’arrive de me noyer dans des récits courts plus expérimentaux. Rarement. Et bien que moi-même je me laisse aller à quelques sauts d’obstacles dans certains de mes récits.

J’avais peur de me perdre.

Alors j’ai noté, les références, historiques, géographiques, féministes. L’utilisation du féminin neutre, douce mélodie, des références à la crise migratoire, les écocides, vite se raccrocher à un genre, vite, dystopie mâtinée de mondes parallèles, ça passe non ? De la dystopie de fantasy ? Ça doit exister, plaçons le livre dans une case pour nous rassurer.

Cela ne fonctionne pas comme ça.

De façon presque absurde, je m’en rends compte en lisant la postface de Laurence Jonard, il y a quelques autres « cases » dans lesquelles je retrouve TysT. Et elles n’ont que peu à voir avec la classification de genres littéraires. Il y a les grèves de Germinal, les brumes de Dark Crystal et sans doute aussi quelque chose des Dames d’Avalon d’une autrice dont je ne peux aujourd’hui décemment prononcer le nom. Ces pierres me rappellent Indiana Jones alors que la kora me plonge dans les délices des soirées musicales mondialisées à la radio, de celles qui me berçaient dans un sommeil heureux, au temps où l’Afrique avait encore lieu d’être sur les ondes nationales, temps perdu aujourd’hui.

De quoi parle-t-on ?

Notre monde, différent, dans le futur mais pas tant que ça, et une femme qui s’endort sur un chemin de Bretagne. Sauf que non, elle se réveille et accède à un autre niveau de perception. De là une quête, des rencontres, des êtres qu’on ne peut nommer entièrement tellement ils sont complexes dans leur vivant. L’importance du chant. Et ce danger qui arrive et menace tous les niveaux du monde.

Est-ce donc là le but narratif de cette quête ? Le fil conducteur de ce texte qui s’amuse à jouer avec nos raideurs lectorales ?

Une des magnifiques illustrations de Stéphane Perger

Oui et non.

« L’histoire s’arrête là. Comme la plupart des chants du peuple vif, elle ne vise pas tant à raconter qu’à faire imaginer l’avant, l’après, le pendant, et le sans, l’alternative, ce qui se passerait sinon. »

Faire confiance à sa lectrice.

Voici en fait ce que nous offre luvan dans TysT.

Dans un monde de l’imaginaire qui joue et surjoue sur le méta, sur le mutiréférentiel, l’autrice va encore plus loin. Elle ne guide pas vers l’occurrence voulue ; elle laisse aller. Comme on peut, lors d’un concert, se laisser aller à imaginer mille histoires simplement en se laissant porter par le son.

Je ne sais pas si vous avez déjà ressenti cela. Cette période de nos existences où nous écoutions beaucoup de chansons anglo-saxonnes sans en comprendre le sens. Avant que notre niveau d’anglais soit suffisant pour les déchiffrer. Que se passait-il alors ? Pourquoi écoutions-nous sans cesse, de façon répétitive et obsessionnelle, ces textes que nous ne comprenions pas ?

Simplement parce que nous les comprenions vraiment.

Juste, pas selon les critères admis habituellement. Selon nos propres critères d’enfants. Il nous manque un code, mais l’absence de ce code n’empêche en rien d’être noyé par la beauté, le désespoir, la rage, l’apaisement, l’amour d’une chanson.

TysT, c’est ça.

Une chanson dont on ne saisit que de temps en temps les paroles, comme un refrain, mais dont toute la tendresse et toute la puissance réside dans les passages que nous n’avons pas forcément envie de comprendre.

Note

TysT a fait l’objet d’un financement participatif réussi (!!!) et sortira fin 2022 si mes informations sont exactes. Plus de renseignements sur le site des éditions Scylla.

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